C’est vers la fin de l’année 2004, alors que les cours, dos-
siers et autres travaux battaient leur plein, que j’annonçais
au fur et à mesure à mes camarades de la promo 7 ma
décision : ça y’est, c’est sûr, je pars en coopération au
Liban !
Questions et boutades se sont mises à fuser: « et pourquoi
? » « Pour faire quoi ? » « Tu seras payée ? » « Ouais quoi,
tu pars en mission pour le Hezbollah mais tu peux pas
nous le dire ;) » « Et ?tu sais qu’il n’y a pas de Caribous au
Liban ?!! » etc…
Bref, pas forcément facile à concevoir comme choix, je
vous l’accorde. Enfin, cela dit, comme CH nous le disait
lors de la remise des diplômes de cette année là : « com-
me quoi, à l’EGE on ne forme pas que des requins avec un
couteau entre les dents !» (pas que !...)
N’en doutons pas.
Donc, je partais pour 18 mois, pour une mission de sou-
tien scolaire d’une part, et d’aide auprès d’une télévision
chrétienne de Beyrouth (Télé Lumière) d’autre part. Ainsi,
c’est soutenue et encouragée par tous que je m’envolais
le mardi 15 février 2005 pour Beyrouth, heureuse et dé-
tendue…
Ah, un instant, on me fait une remarque… Quoi le 15 fé-
vrier ?! Et bien oui, c’est le lendemain de la St Valentin, et
alors ! Non, c’est pas ça ?... « Hari » quoi ? Aaah, mais oui,
mais c’est exact ! Pardonnez-moi, j’oublie un détail…
Le 14 février 2005, à 12h58, une voiture piégée explose à
Beyrouth, la capitale du Liban. L’ex-premier ministre Rafic
Hariri y trouve la mort, et les libanais sur place sont bou-
leversés.
Je reprends donc mon récit : « Ainsi, c’est sous les coups
de fil perplexes et inquiets que je m’envolais quand même
le mardi 15 février pour Beyrouth, excitée mais quand
même pas très tranquille…
C’est dans ce contexte que je découvris Beyrouth. L’agita-
tion populaire qu’avait déclenché l’attentat laissait les gens
perplexes et rendait l’évolution de la situation incertaine.
Aussi pendant plusieurs semaines on m’a interdit de trop
sortir, et en tout cas jamais seule. Pas évident pour crapa-
huter à droite à gauche à la découverte d’un pays! Et puis
d’autres attentats ont suivi, tous la nuit en fin de soirée,
instaurant une sorte de couvre-feu tacite. Bon, bah pour
les fameuses « nuits libanaises », on verra plus tard !
Je commençais ma mission à Télé Lumière : intégrée au
département des émissions pour enfants, j’étais en charge
de la conception de nouvelles émissions éducatives, afin
de renouveler la grille des programmes. J’écrivais en fran-
çais, et tout était traduit en arabe. La traduction était tou-
jours un temps de collaboration et d’apprentissage intense
! Ce n’est pas évident de pouvoir transmettre ses idées
pour qu’elles soient bien retranscrites en langue étrangè-
re. Mais c’est en étant confrontée comme cela à la langue,
puissant vecteur de culture, que j’ai le plus appris.
A côté de cela, j’ai beaucoup aimé donner des cours de
soutien scolaire en français. Cela m’a donné beaucoup de
satisfaction J’ai découvert un Beyrouth pauvre, avec des
enfants qui étudient en français – ou anglais – mais dont
les parents n’écrivent déjà même pas l’arabe… Et c’était
vraiment quelque chose de voir les résultats s’améliorer,
et un petit bonhomme de 12 ans reprendre confiance en
lui !
Ma vie sur place s’organisait de mieux en mieux. J’étais
toujours plus étonnée par cette ville, et ce pays, tout en
paradoxes. En effet, vivre à Beyrouth c’est découvrir les
bâtiments flambant neufs architecture dernier cri du cen-
tre ville, et tomber au détour d’une rue sur un immeuble
encore complètement crevassé et criblé, s’enfoncer dans
des quartiers où c’est tout juste si l’électricité arrive. C’est
rencontrer un libanais trilingue qui ne se sent ni occiden-
tal, ni complètement arabe. C’est manger une « man’ou-
che zaatar » en montagne, et dans l’heure qui suit boire
son café à la cardamone au bord de la mer !… (royal !).
C’est se faufiler entre les taxis blindés et pourris, et les
plus grosses BMW que j’ai jamais vu ! C’est dîner au son
des cloches, et se faire réveiller par l’appel du Muezzin (un
peu lourd d’ailleurs quand on n’est pas du matin !). Bref, il
serait difficile ici de faire le tour de tout. Mais c’est un pays
qui vaut le détour !
Pourtant 6 mois plus tard, des couleurs, des goûts et quel-
ques mots d’arabes en poche, je devais déjà repartir. Le
flou de la situation politique a fini par impacter sur les bud-
gets, et dans ces conditions il était difficile de continuer ma
mission. Je suis donc de retour dans mon pays, et je re-
prend racine petit à petit. Cette expérience, bien qu’écour-
tée, a été très riche pour moi. Je voulais pouvoir aller au
bout de mes convictions pleinement, avant de commencer
une vie professionnelle. Reste plus qu’à trouver un boulot
;) Je reprends donc le treillis, mais qu’on se rassure, pas
le couteau …