Le 15 mars 2006, l’EGE recevait à l’amphi Grenelle,
JM Montier, pour une présentation de la DGSE (Di-
rection Générale de la Sécurité Extérieure) aux étu-
diants de la 9ème promo, auxquels s’étaient joints
quelques anciens et invités.
En introduction, une définition du métier offerte par
Alexandre de Marenches à Christine Ockrent lors
d’une interview : « c’est le plus vieux métier du mon-
de, car pour aller voir celles qui se revendiquent de
cette appellation, il faut déjà savoir où elles sont ».
M. Montier a ensuite évoqué les fondements du ren-
seignement, évoquant SunTzu et la nécessité de
bien connaître son adversaire si l’on veut avoir la
supériorité dans le combat, voir même être capable
de remporter la victoire sans combattre, art suprême
du chef de guerre selon le stratège chinois. Dans
le monde moderne, le renseignement s’est bien sûr
adapté aux évolutions de l’environnement, notam-
ment depuis deux décennies avec le développement
exponentiel des NTIC.
Aujourd’hui, on considère que 75 % du renseigne-
ment sont disponibles par voie de presse ou mé-
diatique au sens large. Suivent 20 % d’information
confidentielle, protégée, mais dont l’obtention n’est
pas répréhensible au niveau pénal. Les derniers 5
% sont ceux qui intéressent directement la DGSE,
relevant du secret, et nécessitant des moyens d’Etat
pour les obtenir.
Dans une nation démocratique comme la France, la
détermination des besoins en renseignement dépend
directement du politique. C’est le Comité Interminis-
tériel du Renseignement qui exprimera un besoin
auquel la DGSE répondra, au travers du Plan Na-
tional de Renseignement. Chaque service de l’Etat
(Présidence, Premier Ministre), chaque ministère
(Finances, Affaires Etrangères, Intérieur, Défense) a
des structures internes leur permettant de collecter
de l’information, à l’intérieur comme à l’extérieur du
territoire, afin d’alimenter le cycle du renseignement
(recherche, exploitation, diffusion, critique, expres-
sion de nouveau besoin, …)
Rappel historique : 1871 création des premiers ser-
vices français de renseignement, 1943 DGSS ser-
vices spéciaux, 1944 DGER Etudes et Recherche,
1946 SDECE service doc ext et contre espionnage,
1982 DGSE (1200 personnes)
Les missions de la DGSE : Sous l’autorité du mi-
nistre de la défense français, elle est chargée, se-
lon les termes du décret n° 82-306 du 2 avril 1982,
qui a procédé à sa refondation, « de rechercher et
d’exploiter les renseignements intéressant la sécu-
rité de la France, ainsi que de détecter et d’entraver,
hors du territoire national, les activités d’espionnage
dirigées contre les intérêts français afin d’en préve-
nir les conséquences ». La sécurité et le contre-es-
pionnage à l’intérieur des frontières sont l’apanage
exclusif d’un autre service : la DST (Direction de la
Sûreté du Territoire).
Le personnel de la DGSE représente environ 4500
personnes, dont 2/3 de civils. Le budget (hors «
fonds spéciaux ») est, d’après M.Montier, l’équiva-
lent du budget du Real de Madrid …
Le service Action : entre 750 et 1000 personnes,
uniquement des militaires. Il ne fait pas partie de la
DGSE mais est utilisé exclusivement par elle. Il est
en charge des missions démarquées, organisées
de manière à ne pas pouvoir remonter au comman-
ditaire car illégales, illicites (recueil d’informations,
exfiltration, assistance aux pays tiers).
La collecte de renseignement se fait par des moyens
techniques (ROEM : renseignement d’origine électro
magnétique), opérationnels (illégalité, pénétration
physique d’un objectif) ou humains. M.Montier, en
tant qu’officier traitant, a travaillé sur les sources
humaines : les « honorables correspondants », in-
dividus recrutés par les services, n’agissant jamais
sous la contrainte mais par réflexe patriotique, dont
la « collaboration » fait l’objet d’une déclaration aux
autorités françaises locales. Au-delà de la partie col-
lecte de l’information, l’analyse est la seconde par-
tie du métier : classement de l’information, diffusion,
animation de la recherche.
Une conférence qui aura permis à chacun de mieux
connaître une institution plutôt réputée pour sa discré-
tion, et de mieux comprendre comment, aujourd’hui,
les services d’Etat peuvent être des sources perfor-
mantes de renseignement économique, pour autant
que la volonté politique soit présente.