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14 novembre 2018

Discours inaugural Influence Day d'Antoine Violet Surcouf

Nous partageons le discours d'Antoine Violet-Surcouf, Président de l'AEGE à l'ouverture de la journée Influence Day à l'Ecole de Guerre Economique

Bonjour à tous,

Je suis ravi d’ouvrir cette journée dédiée à l’influence, ici à l’EGE. J’interviens ce matin avec plusieurs casquettes ; celle de l’EGE, pour représenter Christian Harbulot qui a été appelé sur d’autres fronts, celle de l’AEGE en tant que Président de ce réseau des experts en IE, et en tant que DG d’Avisa Partners, cabinet spécialisé qui travaille au quotidien sur des enjeux d’influence.
Nous venons de rendre hommage aux combattants lors du centenaire du 11 novembre 1918. Cette guerre mondiale a été déclenchée par le jeu des alliances entre les puissances. Cependant, quelques décennies plus tôt, en 1870, la guerre avait été déclenchée par une dépêche… la dépêche d’Ems.
Cette dépêche qui annonçait notamment que l’ambassadeur français avait été humilié par le roi de Prusse était en réalité une « fake news » ou « infox » en bon français. Cette dépêche a été l’étincelle qui a conduit les deux pays à la guerre, et à la défaite de la France.
Ces infox ne sont pas une nouveauté de notre siècle, mais Internet leur a donné une dimension nouvelle. Internet est en effet ambivalent, il permet d’un côté d’apporter la démocratie, la connaissance… mais de l’autre il renforce l’obscurantisme et la montée des extrêmes.
Ce phénomène est rendu possible car les autorités traditionnelles sont affaiblies (les Etats, universités, médias, entreprises…), et que les citoyens cherchent d’autres structures d’autorité. L’autorité est la capacité d’obtenir l’obéissance sans avoir recours ni à la persuasion, ni à la contrainte.
Les grands acteurs du Web (Google, Facebook…) sont en concurrence – s’ils n’ont pas déjà remplacé -  avec les autorités traditionnelles pré-numériques : les résultats de la 1ere page de Google, les pages Facebook de 100e de milliers d’abonnés… Le problème n’est pas tant qu’ils aient de l’autorité, mais plutôt qu’il y ait peu d’institutions capables de produire de l’autorité en ligne. Il y a donc une trop forte centralisation en ligne, ce qui pose les problèmes que nous connaissons.
Nous avons donc d’autres dispositifs de production d’autorité qui s’imposent grâce à Internet. Donc pour avoir de l’influence, il faut donc analyser ces dispositifs et les comprendre pour pouvoir en devenir un acteur.
Ces infrastructures « techniques » n’expliquent pas tout. Nous devons également regarder du côté de la psychologie humaine. En effet, les biais cognitifs (qu’ils soient de sélection, de confirmation, de représentativité, d’ancrage…) et les croyances, sont parfois si profondément ancrés chez certaines personnes que tout argument qui va à l’encontre de « leur » réalité est rejeté, et surtout vient les conforter dans leurs croyances : le « système » est attaqué et se défend, cherche à étouffer l’affaire, à nier la réalité…
Face aux croyances, il faut opposer la science. La démarche scientifique est nettement plus complexe, exigeante, qu’un simple clic de like ou de partage. On se trouve dans cette ère de « post-vérité » où l’émotion compte plus que la raison, où l’opinion compte plus que les faits… La vérité serait ainsi le résultat de la confrontation des idées, des faits – vrais ou faux… Vision d’un libéralisme exacerbé qui met en concurrence les informations.
Les scientifiques, mais également les citoyens doivent exercer leur « esprit critique », le propager dans la société et remettre la science au cœur des débats. Se pose alors la question des jeunes, des futurs professionnels… pour qu’ils puissent exercer leur citoyenneté dans une société de l’information.
C’est donc naturellement que je fais le lien avec les formations de l’EGE qui forment les étudiants à exercer leur « esprit critique » et à devenir des cyber-citoyens. Il s’agit bien de développer les compétences pour la recherche d’informations, leur sélection dans cette surabondance de contenus, leur analyse… et surtout de pouvoir comprendre ces réseaux, ces médias et ces flux informationnels.
Ces compétences nécessitent également d’être mises en pratique, et l’AEGE, par le biais de ses clubs, et notamment le Club Influence, le permet de manière continue. Je vous invite donc à suivre les activités de l’AEGE sur les réseaux sociaux, sur son site… pour participer à ces cycles de conférences.

Je vous remercie pour votre attention, et encore merci à Jacqueline pour cette organisation. Je vous souhaite une excellente journée.


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